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الجمعة,22 أبريل, 2016
« Après la révolution, place aux réactionnaires et aux détracteurs du Coran »

L’abrogation des cours obligatoires de l’enseignement coranique, est au centre de vifs débats sur les plateaux de télévisions tunisiennes, notamment suite à l’intervention provocatrice de Madame Neyla Sellimi, professeur de littérature et de civilisation arabes. L’expression de son dissentiment avec les paroles du Saint Coran, tout en prenant le soin de citer des versets hors contexte, causera-t-il la réaction du gouvernement, ceci en la faveur d’idées d’une laïcité extrême ? Oseront- ils faire usage de leurs prérogatives régaliennes et législatives, pouvoirs qu’ils tirent de la volonté du peuple, afin de faciliter l’exécution de la solution magique proposée par Madame Sellimi, qui guérira, comme dans un comte de fées, les maux et les problèmes de radicalisation au sein de la société tunisienne ? Cette abrogation des cours coraniques, qui petit à petit, pas par pas, ouvrira un chemin vers l’abolition silencieuse d’un des fondements essentiels et inamovibles de l’identité tunisienne : le Coran et l’Islam. Pourtant, la direction que veulent prendre certains, se trouvera obstruée par l’opinion publique, ainsi que l’authentique volonté du peuple tunisien, qui est nulle autre que la préservation de son identité, la sauvegarde de sa culture, et la mémorisation des saints versets par les futures générations.
C’est ainsi, d’un regard nostalgique dirigé vers les terres de la Tunisie, que mon attention, traverse la méditerranée et me pousse à m’exprimer quant à cette problématique. Je manifeste de ce fait mon désaccord quant à ces intentions qui pousseront mon pays d’origine vers plus de désordre et de désarroi. Ce pays vient de découvrir, au prix de sang et de douleur, la saveur de la démocratie. Or, une certaine élite désire accentuer les conflits internes et fragiliser encore plus la stabilité de la nation.
Le Coran a inspiré, guidé, encadré et enthousiasmé de nombreux philosophes et personnes de sciences, tel que Averroés, Ibn Khaldoun, Al Khwarizmi Ibn Sinna ou encore que l’Occident honore et apprécie à leur juste valeur. Citons aussi Fatima al-Fihri, originaire de la ville de Kairouan, bercée dans ce centre d’érudition, et qui l’a poussé à construire l’université de Quaraouiyine dans l’actuel Fès, afin de propager le savoir et inspirer les gens à une quête de recherche et de science. C’est durant ces quelques siècles, que la civilisation islamique nourrissait le monde de lumière et partageait ses découvertes. C’est à son apogée intellectuelle, que le monde arabo-musulman a marqué l’humanité. Au final, tout se résume à « Iqraa » cette première parole du Coran, qui se situe dans la sourate « l’Adhérance ». Certes, ces savants ont adhéré aux paroles du Coran, et ont su que la sagesse est atteinte par la jonction de la science et de la religion. Certes, le peuple tunisien y a adhéré lui aussi. Ce livre, qui orne le foyer de toutes familles tunisiennes, fait partie intégrante de la vie social et de l’identité tunisienne.
Les conséquences de cette atteinte sont nombreuses, dangereuses et néfastes. En effet, Madame Sellimi pense pouvoir éradiquer le radicalisme religieux en Tunisie, mais aussi protéger l’esprit des enfants contre les vautours daeshienne et leur endoctrinement sanguinaire. Cette démarche, radicale en elle-même, est-elle proportionnée par rapport au but recherché ? Son application stricto sensu ouvre la porte à une déconstruction des fondations que nous chérissons. Hier le voile avec Ben Ali, aujourd’hui l’effacement du Coran de nos mémoires, demain l’interdiction de l’adhan, pour finir par l’interdiction la plus totale de l’exercice de la religion musulmane. Cette démarche, qualifiée de kémaliste, n’a pas porté ses fruits en Turquie. A force de tenter d’amputer la nation turque de sa foi musulmane, et de lui greffer de force la culture et la pensée européenne, cela a mené à un retour et un amour encore plus fort pour l’Islam. La Turquie est devenu aujourd’hui un état parmi les plus respecté, car un état qui respecte, accepte et valorise son identité, est un état qui connaît le succès.
La réponse ne se situe pas dans l’abrogation, mais dans une approche plus raisonnable et efficace, qu’est l’encadrement de cet enseignement injustement négligé, mais primordial. Et c’est exactement sa négligence qui cause problème. Prenons, par exemple, les paroles d’un jeune djihadiste français. Lorsque celui-ci a été interrogé par Peter Harling, du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG), il lui a manifesté son opinion quant au Coran. Sa réplique était « le Coran, je m’en tape ». Dans l’interview réalisée par l’Agence France Presse, Monsieur Harling est convaincu qu’il ” ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam mais de l’islamisation de la radicalité”. Les élites tunisiennes se doivent donc de raisonner objectivement, sans se laisser guider par leur haine de l’islam. Leur aspiration doit être celle de la sauvegarde des intérêts nationaux et de la sécurité du pays, en taclant le problème d’un angle qui aboutirait au résultat escompté.
Mon enseignement dans les écoles européennes a été marqué par une phrase que mes enseignants ne cessaient de répéter : « Le savoir est une arme. C’est par l’éducation que l’on combat la radicalisation. Il vaut mieux prévenir que guérir ». Pourquoi citer cela me dira-t-on ? Le réel problème, comme le prouve les mots employés par le djihadiste français, est le manque de connaissance du Coran, l’absence de son enseignement et de sa réelle compréhension. Tout comme la démarche de Madame Sellimi, l’approche quant au contenu du Coran part d’une intention de vouloir en faire usage pour nuire et véhiculer une image faussée de ce livre sacré. Des versets cité, modelé et interprété pour servir une cause au même objectif : la destruction de l’islam. Le problème, ce sont les cibles, ces personnes en manque de connaissance des valeurs altruistes et humanitaristes que propagent les textes saints. Ces personnes, qui dans un moment de faiblesse, de colère ou d’égarement, se permettent de devenir les proies faciles de ces personnes manipulatrices. Comment contrer ce danger ? A force de vouloir imiter l’Occident, on finit par crée des contrefaçons de leur idéologie, qui est basée sur la sacralité de l’éducation. Il s’agit d’instruire à nos enfants la pureté du discours du Coran, afin de leur engrener un message de tolérance, de recherche de savoir et de savoir vivre avec autrui. En bref, il s’agit d’encadrer et d’améliorer les cours coraniques, non pas de les interdire.
Il me désole donc, de voir certains de mes compatriotes se convertir en des détracteurs enragés, sans être conscient des répercussions que cela aura. Il me désole encore plus, de voir des figures historiques de la pensée occidentale souligner les valeurs et la pensée de l’islam, alors que certains de mes compatriotes en font un outil de discorde. Il me désole de voir un ancien pape, Jean Paul II s’exprimé au sujet de la communauté arabo-musulmane en disant que « les Arabes du Machreq et du Maghreb, et plus généralement les Musulmans, ont une longue tradition d’étude et de savoir : littéraire, scientifique, philosophique ». Lorsque les européens se vantent encore de nos jours du succès de l’Union européenne et de la réussite de l’adhésion de nombreux pays, grâce à leur identité commune et leurs racines judéo-chrétiennes, les élites tunisiennes diffament et insultent l’islam et le Coran. Pire, là où ils se permettent de prôner les libertés et droits de l’homme et de faire plein usage de leur liberté d’expression au niveau politique, ils veulent l’interdire à ceux qui veulent concilier politique et religion, foi et raison. Aujourd’hui, le débat s’est propagé en partant de la sphère politique, pour l’imposer dans la base même de la sphère culturel, éducatif et social. Aujourd’hui, on tente d’interdire les cours coraniques dans un pays à majorité musulmane depuis des siècles, et réduire le message du Coran au meurtre et à la soumission de la femme. Effacer le Coran de la mémoire des gens, l’exclure de la société tunisienne, le brûler et le faire disparaître, ce livre, son contenu et son message. Le contrôle des masses commence par leur ôter leurs livres et leurs repères les plus cardinaux, démarche qui est symbolisé par la nuit de Cristal en 1938.
En parallèle, l’Espagne, un pays européen, opte pour l’introduction de cours islamique dans son enseignement publique, dans le but de lutter contre la radicalisation, mais surtout d’éduquer ses citoyens futurs et leur permettre une meilleure compréhension d’une religion qui a, jadis, permit ce pays de fleurir et d’être le centre de la science.
Certes, de par la composition de ma mentalité occidentale et arabo-islamique, je prône le dialogue et la liberté d’expression. Cette tolérance et la mise à disposition de la liberté de s’exprimer de tout un chacun, en lui répondant par les mots et non la violence, est elle aussi exprimé dans le Coran : « Allez vers Pharaon: il s’est vraiment rebellé. Puis, parlez-lui gentiment. Peut-être se rappellera-t-il ou (Me) craindra-t-il? ».
Peut-être faudra-t-il, pour être pris au sérieux, maîtriser le contenu du Coran, et non pas argumenter sur des versets que l’on a découvert en feuilletant rapidement ou en faisant de brèves recherches sur Internet. Je conclurai par une citation de Johann Wolfgang Goethe au sujet du Coran : « Aussi souvent que nous le lisons (le Coran), au départ et à chaque fois, il nous repousse. Mais soudain il séduit, étonne et finit par forcer notre révérence. Son style, en harmonie avec son contenu et son objectif, est sévère, grandiose, terrible, à jamais sublime. Ainsi ce livre continuera d’exercer une forte influence sur les temps à venir »

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1-96 ; 11
2-Discours à Casablanca, 19 Août 1985
3-Le Coran, sourate Ta-Ha, versets 43-44
4- Goethe, 1819, West-Oestlicher Divan, dans Dictionary of Islam (1885), paru chez Laurier Books Ltd, 1996, p. 526, Thomas Patrick Hughes.

Amin Nadir Hamd