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الخميس,14 أبريل, 2016
Analyse de la montée de l’islamophobie en France

Notre pays est atteint d’une pathologie dont les symptômes sont de plus en plus visibles: une crise durable du modèle socio-économique, une dégradation des services publics dans la santé et l’éducation, un affaissement des fondements démocratiques, un délitement du débat public et des failles sécuritaires importantes

Plutôt que d’apporter des solutions analytiques et efficaces à ces problèmes bien réels que nous traversons, une large partie de la classe politique, par populisme, par déni ou par simple aveu d’incompétence, a choisi de ne plus aborder les sujets sur le fond
La charge argumentaire et le raisonnement sur la base de faits réels ne sont plus centraux dans le débat public, relégués au profit des invectives, des attaques ad hominem et des campagnes de diversion massive

Plus besoin d’expliquer 30 ans d’échec dans la lutte contre le chômage, lorsqu’il suffit de mettre en scène la mise en péril du modèle républicain par les habitants des quartiers populaires

Plus besoin de reconstruire un récit français unificateur et inspirant pour tou-te-s, lorsqu’on peut hystériser les débats en montant les gens les uns contre les autres
Plus besoin de justifier les failles de notre système policier, plus apte à frapper des manifestants et à défoncer des portes ouvertes qu’à arrêter et prévenir le recrutement et l’action terroristes, lorsqu’on peut tout simplement faire de cette violence un fait inexplicable et incompréhensible, dont les musulmans seraient responsables, par action ou par omission

Sans presque jamais avoir le droit à la parole, les musulmans sont convoqués dans l’espace public. Sommés de s’expliquer, de se justifier, de se soumettre à l’analyse distanciée et stigmatisante “d’experts” sans la moindre compétence, si ce n’est dans l’autopromotion et le signalement ostensible de leur disponibilité professionnelle

On ne peut plus parler d‘islam… sauf 24h/24 dans tous les médias et sur toutes les antennes de France. Le sujet est central, omniprésent, inévitable, indépassable, avec à chaque fois la même logique et le même mécanisme:
Islamiser les problèmes, problématiser l’islam

De plus on assit à une diabolisation de l’islam , qui est devenu un instrument politique.On enregistre une augmentation significative des actes islamophobes
Nous enregistrons 905 actes islamophobes pour l’année 2015, soit une augmentation de 18.5% entre l’année 2014 et l’année 2015
Cette augmentation ne rend pas pleinement compte de la banalisation des discours et idéologies islamophobes dans l’espace public
Pour 2015, nous recensons 55 agressions physiques, soit plus de 4 par mois. Sans surprise, les discriminations totalisent 588 actes islamophobes et 64% de ces discriminations surviennent dans les institutions et services publics
Malheureusement, les femmes sont toujours les premières touchées puisqu’elles représentent 74% des victimes
Nous déplorons par ailleurs que l’école soit un haut lieu de discriminations et de discours racistes et islamophobes, en particulier après les attentats de janvier 2015
Le rapport de 2016 du ccif fait également état de la recrudescence fulgurante des actes islamophobes suite aux deux vagues d’attentat en 2015 et de l’absence de mesures gouvernementales pour l’endiguer

Il revient également sur les dérives de l’état d’urgence
Qu’on parle de la filière viande et le halal devient un problème. Qu’on parle de liberté d’expression et la “susceptibilité” des musulmans devient un problème. Qu’on parle de la ghettoisation des quartiers populaires et le communautarisme supposé des habitants devient un problème. Qu’on parle de l’entreprise, de l’hôpital ou de l’université et les “revendications communautaires” deviennent un problème… sans qu’à aucun moment on se sente obligé de fournir la moindre preuve des faits avancés pour mettre à l’index des pans entier de notre peuple, ni qu’on ouvre la fenêtre du monde réel:
Celui où les gens vivent ensemble, un jour après l’autre, où les enseignants de l’école publique font tout ce qu’ils peuvent pour compenser le manque de moyens et l’absence de mixité sociale, où la vie en entreprise et en université est, comme partout ailleurs, un travail permanent du lien, de l’écoute et de la recherche de solutions

Il n’y a pas de “problème musulman“. Pas de chômage islamique, pas d’islamisation du territoire, pas de conquête secrète ni d’infiltration, pas de goût particulier à la viande halal, pas d’idéologie vestimentaire diffusable dans les boutiques de mode
Juste des représentations politiques qui catégorisent et problématisent: hier des bouts de tissus, aujourd’hui celles qui les portent

On écrira des livres sur cette classe politique qui ne trouve rien à redire à ce qu’une ministre en exercice, dans le même discours, viole la mémoire de l’esclavage en parlant des “nègres américains qui (le) soutenaient“… pour s’en servir à des fins de stigmatisation des femmes musulmanes voilées
En tant que ministre chargée de défendre les droits des femmes, on se demandera comment Laurence Rossignol pourra préserver ceux de celles qu’elle n’aime et ne respecte manifestement pas, lorsqu’elles font face à des taux de discrimination endémiques, dans l’accès à l’éducation et au travail

On s’interrogera sur les renoncements de cette classe politique, sur ses silences coupables, sur ses complicités dans l’institutionnalisation des formes de racisme contemporaines
On relativisera en se disant qu’une élite n’ayant jamais vécu le racisme ne peut au bout du compte pas ressentir grand chose, lorsqu’il s’agit de se décentrer pour comprendre ce que peut ressentir un-e migrant-e, un-e Noir-e, un-e Arabe, un-e musulman-e, un-e Rrom dans la France de 2016

On relèvera que cette injonction à développer une capacité d’empathie est tellement asymétrique, puisqu’on demande aux personnes visées par le racisme et la haine de “comprendre” la position de leurs oppresseurs, sans jamais que ceux-ci soient réellement remis en cause dans les formes structurelles de leur domination
Puis de s’étonner lorsque la colère s’exprime, choqués qu’ils sont de ce qu’ils ont produit de leurs propres mains

On se dira qu’il n’y a rien à attendre, en termes de prise de conscience spontanée, d’un Etat structurellement aveugle à ses propres dérives et à ses propres manquements. Tellement occupés à préserver leur poste, pourquoi devraient-ils se préoccuper du notre? Tellement ivres de leurs propres privilèges, comment pourraient-ils y renoncer de leur gré?

Pourtant la France vaut tellement mieux que ça
C’est ce que nos concitoyens nous montrent au quotidien. A coté de ceux qui sombrent dans le racisme et l’intolérance, dans le rejet de l’autre et le défaitisme, il y a aussi des millions de personnes qui relèvent le défi de la fraternité, en étant solidaires les un-e-s des autres, en faisant passer l’humain avant la peur

Dans une période où vivre ensemble

Meriem saghrouni